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ÉTAT CENTRALISATEUR

A l’ouverture du symposium international sur les collectivités territoriales, le 26 mars 2026 à Yamoussoukro, les autorités ivoiriennes n’ont pas eu la langue de bois. Elles ont reconnu l’échec de la politique de décentralisation en Côte d’Ivoire.

“La décentralisation demeure inachevée dans sa mise en œuvre opérationnelle,” a avoué le général Diomandé Vagondo, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité (cf. Le Nouveau réveil n°7071 du 27 mars 2026). Aussi, Mme Kandia Kamissoko-Camara, présidente du Sénat, a-t-elle voulu prendre un engagement inatteignable : «L’objectif, faire de la Côte d’Ivoire un pays fortement décentralisé à l’horizon 2030», c’est-à-dire dans quatre ans (cf. Le Matin n°1973 du 27 mars 2026). Vœu pieux.

Pourtant, la loi n°2003-208 du 7 juillet 2003 portant transfert et répartition de compétences de l’État aux collectivités territoriales a été audacieuse. En son article 1, elle dispose : “Les collectivités territoriales concourent avec l’État au développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et scientifique des populations et, de manière générale, à l’amélioration constante de leur cadre de vie.”

C’est une disposition qui manifeste l’implication effective des acteurs clés du processus de décentralisation. Et pour joindre l’acte à la parole, l’article 10 de ladite loi attribue des compétences élargies aux collectivités : aménagement du territoire, planification du développement, urbanisme et habitat, enseignement et recherche scientifique, transport, voies de communications, etc.

Mais le vent du pouvoir personnalisé et patrimonial de Ouattara a tout balayé sur son passage. La gestion des entités décentralisées est devenue un marché de dupes, avec un État qui dépossède les collectivités et garde la main sur leurs dimensions essentielles (administratives, budgétaires, etc.) pour les vider de leurs substances.

C’est le retour triomphant du jacobinisme avec un État centralisateur, à la fois initiateur, prospecteur de capitaux, promoteur et investisseur. Dans sa toute puissance, il a supprimé et les conseils généraux et les communes rurales. Il crée, en méme temps, des postes (vice-président de la république, vice-premier ministre, haut représentant du président de la république) et des entités (des districts supprimés après cinq ans) budgétivores. Et dans son appétit, il étrangle les collectivités territoriales. Au grand dam d’Assalé Tiémoko, maire de Tiassalé, qui soutient que les ministères détiennent les budgets alors que les mairies et Conseils régionaux restent privés de ressources financières pour gérer les problèmes de leurs populations.

Les quotes-parts réservées ne sont pas, en effet, entièrement reversées aux entités décentralisées pour appuyer les discours de chantage et d’intimidation des responsables du RHDP pendant les campagnes électorales. Ce sont, pour les mairies, 16 milliards de FCFA en 2024 et 34 milliards de nos francs en 2025.

De ce fait, les entités décentralisées n’assument plus leurs responsabilités et leurs missions clairement définies : production de logements sociaux, construction et gestion des centres hospitaliers régionaux, construction et gestion des universités régionales et des grandes écoles, etc. (Conseil régional), construction et gestion des écoles primaires publiques, maternelles et crêches, etc. (Commune), construction, équipement et gestion des locaux devant abriter la préfecture de police, la compagnie et la brigade de gendarmerie, construction et gestion des collèges et lycées de l’enseignement général, technique et professionnel, etc. (Ville).

L’État se retrouve désormais au début et à la fin. Les entités se complaisent alors dans l’accomplissement de tâches subalternes comme la livraison des tables-bancs et des fournitures scolaires pour jouer le rôle de second couteau qui leur est dévolu.

F. M. Bally

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