Grand-Bassam / Azuretti : Quand le peuple rallume la lumière

À Azuretti, petit village côtier bercé par les vagues de l’Atlantique, la lumière s’éteint trop souvent. Et quand le courant disparaît, c’est tout un pan de vie qui vacille. Fatigués d’attendre des autorités sourdes à leurs cris, les habitants ont décidé de ne plus subir. Ensemble, ils ont rallumé la flamme de la solidarité : désormais, c’est par leurs propres moyens qu’ils réparent les pannes d’électricité publique.
« Nous vivons une situation inexplicable, et nos autorités locales semblent fermer les yeux sur nos souffrances. À chaque coupure, il faut parfois deux ou trois jours avant que le courant revienne. Souvent, nous devons nous cotiser pour donner un peu d’argent à des personnes afin que le problème soit réglé », raconte un habitant du quartier Ébrié, la voix chargée d’un mélange de colère et de résignation.
Mais derrière cette colère se cache surtout une profonde détresse. Car à Azuretti, où la mer nourrit la majorité des familles, le courant n’est pas un simple confort : c’est une question de survie.
« Notre véritable problème, c’est la conservation du poisson. Sans électricité, nos produits se décomposent rapidement. Nous devons rembourser les pêcheurs, qui eux aussi peinent à joindre les deux bouts. C’est une perte énorme pour tout le monde. La CIE doit vraiment avoir pitié de nous », implore un autre habitant.
Deux jours d’obscurité. Deux jours de pertes. Deux jours d’incompréhension.
Dans ce décor de carte postale, les réalités sont plus sombres. Le réseau électrique, vieillissant et fragile, ne résiste ni à la pluie ni au vent. À la moindre bourrasque, les câbles se rompent, plongeant le village dans un noir total. Télévisions brûlées, réfrigérateurs hors service, stabilisateurs détruits… chaque coupure laisse derrière elle un peu plus de désolation.
Depuis le mercredi 5 novembre 2025, jusqu’à ce jeudi 6, le quartier Ébrié vit à nouveau dans l’ombre. Deux jours de ténèbres, deux jours d’attente, deux jours de trop.
Pourtant, au cœur de cette obscurité, une lumière persiste : celle de la solidarité d’un peuple qui refuse de s’éteindre. À Azuretti, on ne baisse pas les bras — on rallume la lumière, ensemble.
Hermann N’Zarama avec l’Infodrome


