Jeûne religieux et santé : “La foi ne doit jamais se faire au détriment de la vie”, conseille le Dr Kpassou Madji

En Côte d’Ivoire, le mois de Ramadan et le Carême chrétien se déroulent cette année simultanément, plaçant des millions de fidèles dans une dynamique spirituelle intense. Mais comment concilier pratique religieuse et préservation de la santé, surtout dans un climat chaud comme celui du pays ?

Pour éclairer ses lecteurs, Le Journal des Bonnes Nouvelles d’Abidjan a rencontré le Docteur Kpassou Madji, Médecin généraliste, ingénieur en gestion de projet et fondateur du Centre Médical et d’Assistance Les Kpassou (CMAK) à Yopougon.

Le Journal des Bonnes Nouvelles d’Abidjan :
Docteur, comment concilier exigences médicales et prescriptions religieuses liées au jeûne ?

Dr Kpassou Madji :
La conciliation repose sur trois principes : le respect de la foi, la priorité accordée à la santé et l’adaptation individuelle. Les religions prévoient elles-mêmes des dispenses pour les personnes malades, les femmes enceintes, les personnes âgées ou les patients souffrant de maladies chroniques.

Le rôle du médecin n’est pas d’interdire, mais d’informer afin que le fidèle prenne une décision éclairée. Nous évaluons généralement les patients selon leur niveau de risque afin d’adapter la pratique du jeûne en toute sécurité.

Le jeûne est-il compatible avec une bonne santé pour la majorité des fidèles ?

Oui, chez une personne en bonne santé, le jeûne est globalement bien toléré. Des études montrent qu’il peut entraîner une légère perte de poids et améliorer temporairement certains paramètres métaboliques.

Cependant, les bénéfices disparaissent lorsque le jeûne s’accompagne d’excès alimentaires nocturnes, de déshydratation ou d’un manque de sommeil.

Quels bénéfices physiologiques observe-t-on lorsqu’il est bien pratiqué ?

Un jeûne bien observé favorise l’utilisation des réserves graisseuses, améliore certains paramètres cardiovasculaires et active des mécanismes cellulaires de réparation appelés autophagie.

Mais ces effets concernent essentiellement les personnes en bonne santé et nécessitent une alimentation équilibrée et une hydratation suffisante en dehors des heures de jeûne.

Dan un pays chaud comme la Côte d’Ivoire, quels sont les principaux risques ?

Le risque majeur reste la déshydratation. Elle peut provoquer malaises, hypotension ou insuffisance rénale chez les sujets fragiles.

Les travailleurs exposés au soleil, les personnes âgées et les patients diabétiques doivent redoubler de vigilance.

Quels signes doivent conduire à rompre immédiatement le jeûne ?

Il faut interrompre le jeûne en cas de vertiges importants, perte de connaissance, douleurs thoraciques, difficultés respiratoires, fatigue extrême ou signes d’hypoglycémie chez le diabétique.

Rompre le jeûne dans ces circonstances est conforme aussi bien aux recommandations médicales qu’aux principes religieux.

Les personnes atteintes de maladies chroniques peuvent-elles jeûner ?

Tout dépend de la maladie et de son équilibre. Le jeûne est déconseillé chez les diabétiques instables ou les patients cardiaques sévères.

En revanche, certaines pathologies bien contrôlées permettent le jeûne, à condition d’un suivi médical et d’une adaptation thérapeutique préalable.

Comment adapter la prise des médicaments ?

L’adaptation doit se faire avant le début du jeûne. Les prises médicamenteuses sont réorganisées entre la rupture du jeûne et l’aube, parfois avec des traitements à libération prolongée.

Toute modification doit être encadrée par un professionnel de santé.

Comment gérer fatigue et activité professionnelle ?

La fatigue provient souvent du manque de sommeil. Il est conseillé de dormir suffisamment, de faire une courte sieste si possible et d’éviter les efforts physiques intenses durant les heures les plus chaudes.

Le jeûne peut-il améliorer certaines pathologies métaboliques ?

Dans certains cas et sous surveillance médicale, il peut favoriser une perte de poids ou améliorer le contrôle glycémique chez certains diabétiques de type 2.

Toutefois, le jeûne ne remplace jamais un traitement médical.

Quel message souhaitez-vous adresser aux fidèles ?

La santé est une responsabilité spirituelle. Préserver sa vie fait partie intégrante de la foi.

Un jeûne réussi repose sur l’équilibre, la modération alimentaire, une bonne hydratation et un repos suffisant. Rompre le jeûne en cas de danger n’est pas une faiblesse, mais une décision responsable.

Un jeûne sain est avant tout un jeûne conscient et équilibré.

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