Sécurité routière : la Côte d’Ivoire passe à la “Tolérance zéro” pour freiner l’hécatombe

Face à la persistance des accidents de la circulation, les autorités ivoiriennes haussent le ton. La Direction générale des Transports terrestres et de la Circulation (DGTTC) a lancé, depuis le 2 mars 2026, une vaste opération baptisée “Tolérance zéro”. Objectif : restaurer la discipline sur les routes et sauver des vies.

Dans un entretien accordé au CICG, le Directeur général des Transports Terrestres et de la Circulation , Oumar Sacko, revient sur les motivations et les contours de cette initiative qui s’inscrit dans la stratégie nationale de sécurité routière adoptée en 2021.

Une mission régalienne au cœur de la mobilité

Rattachée au ministère des Transports et des Affaires maritimes, la DGTTC est chargée de piloter la politique nationale des transports terrestres, qu’ils soient routiers ou ferroviaires. Elle intervient dans la réglementation, la gestion du parc automobile, la délivrance des titres de transport et le suivi des conventions.

Mais aujourd’hui, la priorité est clairement donnée à la sécurité routière, devenue un enjeu majeur de santé publique.

Une riposte musclée contre l’incivisme

L’opération “Tolérance zéro” marque un tournant. Après une phase de sensibilisation, les autorités passent à la vitesse supérieure avec un renforcement des contrôles et des sanctions, sous l’impulsion du ministre des Transports, Amadou Koné.

« Il fallait redoubler d’efforts », explique Oumar Sacko, après le constat que l’objectif de réduction de 25 % des décès à l’horizon 2025 n’a pas été pleinement atteint.

Sur le terrain, les forces de sécurité et les agents du ministère multiplient les contrôles. Permis de conduire, assurance, visite technique, vignette : aucun détail n’échappe à la vigilance des autorités. Les conducteurs d’engins à deux et trois roues sont également concernés, avec une obligation stricte du port du casque.

Une surveillance étendue à tout le secteur

La “Tolérance zéro” ne concerne pas uniquement les usagers. Les centres de visite technique sont eux aussi soumis à des contrôles inopinés pour vérifier leur conformité.

« C’est toute la chaîne des transports qui est passée en revue, sans aucune tolérance administrative », insiste le Directeur général.

Les citoyens appelés à contribuer

Dans cette dynamique, les autorités innovent en impliquant directement les populations. Un canal de signalement permet désormais aux citoyens de dénoncer les comportements dangereux sur la route.

Cette mesure vient compléter le Système de Transport Intelligent (STI), déjà doté de caméras de surveillance. L’enjeu est de taille : plus de 90 % des accidents sont dus au facteur humain.

Les chiffres témoignent de l’urgence. Le nombre de morts est passé d’environ 800 en 2012 à 1 600 en 2021. Sans les mesures engagées, il aurait pu dépasser les 3 000 d’ici 2030.

Plaques fantaisistes : un phénomène en net recul

La traque contre les plaques d’immatriculation irrégulières a produit des შედეგats significatifs, notamment dans le Grand Abidjan qui concentre près de 75 % du parc automobile.

Selon la DGTTC, ces pratiques ont quasiment disparu. Environ 15 000 véhicules sont actuellement en cours de régularisation, tandis que les contrevenants ont été sanctionnés et leurs véhicules, pour certains, mis en fourrière.

Des recours encadrés pour les usagers

Face aux contestations, des mécanismes de recours sont prévus. Les usagers peuvent saisir les Centres de Gestion intégrée (CGI), puis la DGTTC, et en dernier ressort le ministère des Transports. Les procédures sont accessibles via des plateformes digitalisées.

Modernisation et grands chantiers en parallèle

Au-delà de la répression, l’État poursuit la transformation du secteur des transports. À Abidjan, plusieurs projets structurants sont en cours, dont le métro et le Bus Rapid Transit (BRT), appelés à transporter jusqu’à un million de passagers par jour.

Le développement du transport lagunaire et la modernisation des procédures d’immatriculation, désormais quasi instantanées chez certains concessionnaires, illustrent cette dynamique.

Un appel à la prudence avant Pâques

À l’approche des fêtes de Pâques, période de forte mobilité, Oumar Sacko lance un appel à la responsabilité.

« On ne fête que quand on est en vie », rappelle-t-il, exhortant conducteurs et transporteurs à adopter un comportement responsable.

Avec l’opération “Tolérance zéro”, la Côte d’Ivoire affiche une ambition claire : tourner la page de l’incivisme routier et faire de la sécurité sur les routes une priorité nationale.

Roger Kassé

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