MASA 2026 : la culture, nouveau langage de l’unité africaine

À l’heure où l’Afrique parle de plus en plus d’intégration régionale, de coopération économique et de souveraineté stratégique, une idée forte s’est imposée lors de la conférence inaugurale du MASA 2026 : l’unité du continent ne se construira pas uniquement dans les textes, les institutions ou les accords diplomatiques. Elle se joue aussi dans un espace plus subtil, mais tout aussi déterminant : l’imaginaire collectif.
La formule du ministre délégué Adama Dosso résonne comme une conviction profonde : « L’Afrique ne s’unira pas seulement par les traités, mais aussi par l’imaginaire. » Cette phrase, prononcée en ouverture de la 14e édition du Marché des Arts du Spectacle d’Abidjan (MASA) 2026, dépasse le simple cadre culturel. Elle pose une question essentielle : quel récit commun pour l’Afrique de demain ?
Pendant longtemps, le développement a été pensé presque exclusivement à travers les infrastructures, les politiques publiques, les investissements et les réformes institutionnelles. Ces leviers restent évidemment indispensables. Mais ils ne suffisent pas à eux seuls à créer une conscience commune, une vision partagée ou un sentiment d’appartenance.
C’est ici que les arts du spectacle prennent toute leur dimension.
Le théâtre, la danse, la musique, le conte, le cinéma et la performance ne sont pas de simples expressions esthétiques. Ils sont des espaces où se fabriquent les représentations sociales, les mémoires collectives et les aspirations futures. En d’autres termes, ils participent à la construction de ce que les peuples imaginent possible pour eux-mêmes.
À travers son thème, « Arts du spectacle en Afrique : outil économique et social », le MASA rappelle que la culture n’est plus un secteur périphérique. Elle est désormais un levier économique, diplomatique et identitaire.
La ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, l’a souligné avec justesse en présentant le MASA comme une plateforme de structuration des chaînes de valeur culturelles. Derrière cette approche se dessine une idée forte : la culture crée de la richesse, de l’emploi, de la formation et de l’influence.
Mais au-delà de l’économie, elle crée surtout du lien.
Dans une Afrique traversée par la diversité des langues, des histoires nationales et des réalités sociales, les arts offrent un langage transversal capable de relier les peuples au-delà des frontières héritées de l’histoire coloniale.
Un spectacle produit à Abidjan peut émouvoir à Dakar, inspirer à Kigali ou interroger à Lagos. C’est là toute la puissance de l’imaginaire : il circule plus vite que les institutions et touche directement les consciences.
Le MASA, en ce sens, n’est pas seulement un marché culturel. Il est aussi un laboratoire d’unité africaine.
L’avenir du continent dépendra certes des traités, des partenariats et des politiques publiques. Mais il dépendra tout autant de sa capacité à raconter une histoire commune, à projeter une ambition collective et à faire émerger une vision partagée de son destin.
Et cette vision, souvent, naît d’abord sur une scène.
Le message envoyé par cette conférence inaugurale est clair : l’Afrique de demain se construira autant dans les salles de conférence que dans les amphithéâtres, les théâtres, les studios et les espaces de création.
Car un continent qui maîtrise son imaginaire maîtrise aussi sa trajectoire.
Roger Kassé



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