Eugène Yao, Journaliste sportif, désormais Docteur en Communication

Il a longtemps regardé le monde à travers le viseur du journaliste. Désormais, il l’observe aussi avec le regard du chercheur. Yao Kouadio Eugène, journaliste et passionné de sport, notamment de football, vient de franchir une nouvelle étape dans un parcours marqué par la curiosité, la persévérance et le goût de la connaissance.
Dans une salle de l’Université Félix Houphouët-Boigny, à Abidjan-Cocody, le vendredi 4 septembre 2026, ce n’est pas un match de football qu’il suivait avec attention. Pas davantage une conférence de presse ou une actualité à couvrir. Cette fois, c’était lui qui était au centre de l’attention.
Devant le jury, Eugène Yao défendait plusieurs années de recherche. À l’issue de sa soutenance, il obtient la mention très honorable et devient docteur en Communication pour le développement.
Une consécration qui vient couronner un parcours peu ordinaire, commencé dans les salles de rédaction et poursuivi, des années plus tard, dans les amphithéâtres universitaires.
Un journaliste avant tout
Pour comprendre Eugène Yao, il faut revenir aux années 2000. C’est à cette période qu’il fait ses premiers pas dans le journalisme, au service Société de Soir Info.
Le jeune journaliste découvre alors les réalités d’un métier exigeant : courir après l’information, aller sur le terrain, interroger, écouter, vérifier et surtout raconter les faits.
Il poursuivra son chemin dans plusieurs rédactions. À Ivoire Magazine, il exerce comme journaliste avant de devenir chef de service Politique et Économie. Au Flambeau, il prend la tête du service Société. En 2012, il rejoint L’Éléphant déchaîné.
Son expérience s’enrichit également avec ses fonctions de correspondant de Fraternité Matin et de fratmat.info entre 2011 et 2018. Plus tard, il poursuit son activité dans la presse en ligne.
Au fil des années, le journaliste touche à plusieurs genres et à de nombreux sujets. Mais une passion demeure : le sport, avec une affection particulière pour le football.
Le terrain sportif lui apprend aussi à observer. Un match, comme une société, raconte toujours quelque chose. Derrière un résultat, il y a des hommes, des stratégies, des ambitions, des échecs et des réussites.
Toujours chercher à comprendre
Chez Eugène Yao, le journalisme ne semble jamais s’être limité à la collecte et à la restitution de l’information.
Son parcours traduit une volonté constante d’aller plus loin. Comprendre avant de raconter. Questionner avant de conclure. Chercher les causes derrière les faits.
Cette disposition va progressivement l’amener vers l’univers universitaire.
Titulaire d’un BTS en Communication d’entreprise obtenu en 2001, il décroche une licence en Sociologie en 2005, puis un DEA en Communication en 2010.
Mais son parcours ne s’arrête pas aux diplômes.
En 2020 et 2021, il suit plusieurs formations en ligne proposées par l’Université Senghor d’Alexandrie, en collaboration avec l’Institut de la Francophonie pour le développement durable. Droit et protection de l’environnement, économie et gestion des ressources naturelles, évaluation environnementale des politiques et projets de développement : ses centres d’intérêt s’élargissent.
Peu à peu, le journaliste sportif s’intéresse à un autre terrain : celui de l’environnement.
Quand le journaliste devient chercheur

C’est finalement autour des espaces verts du District d’Abidjan qu’il décide de concentrer ses recherches doctorales.
Son sujet : « Communication environnementale et gouvernance des espaces verts dans le District d’Abidjan ».
Un thème loin de l’univers du football, mais qui rejoint une préoccupation plus large : comment les sociétés s’organisent-elles pour protéger leur cadre de vie ?
Dirigée par Mme Nanga-Adjafi Angeline, professeure titulaire en Communication sociale, sa recherche s’intéresse à la vulnérabilité des espaces verts d’Abidjan, soumis notamment à des formes d’appropriation à des fins résidentielles ou commerciales.
Pour Eugène Yao, ces espaces ne sont pas de simples lieux de verdure dans une ville en pleine expansion. Ils remplissent des fonctions écologiques, sociales, économiques et même thérapeutiques importantes pour les populations.
À travers une étude qualitative menée auprès de 48 personnes, au moyen d’entretiens semi-directifs et d’une analyse thématique, le chercheur met en évidence plusieurs difficultés liées à leur gouvernance.
Parmi celles-ci figurent les insuffisances de la communication normative et médiatique, le déficit de communication ciblée et la faible implication des populations.
Faire parler la communication
C’est ici que le journaliste rejoint véritablement le chercheur.
Car au fond de sa réflexion, Eugène Yao défend une idée : pour préserver les espaces verts, il ne suffit pas de produire des textes ou de prendre des décisions administratives. Il faut aussi expliquer, sensibiliser et surtout associer les populations.
La communication devient alors un instrument de changement.
Une population qui comprend l’importance d’un espace vert peut davantage s’impliquer dans sa protection. Les habitants ne sont plus seulement des usagers ou des bénéficiaires. Ils deviennent des acteurs de leur propre environnement.
Cette approche participative constitue l’un des enseignements majeurs de son travail.
Une curiosité qui ne s’arrête pas au doctorat

Le doctorat obtenu le 4 septembre ne constitue donc pas une rupture dans son parcours. Il apparaît plutôt comme la suite logique d’une curiosité cultivée depuis ses débuts dans le journalisme.
Eugène Yao a participé à plusieurs rencontres scientifiques et professionnelles consacrées au développement durable, à la recherche transformationnelle, à l’engagement communautaire, à la restauration des paysages forestiers ou encore à la justice climatique en Afrique.
Il s’est également intéressé au journalisme sensible aux conflits, avec une formation suivie à Dakar, au Sénégal, ainsi qu’au rôle des médias dans la cohésion sociale et la réconciliation.
Autant d’expériences qui dessinent le portrait d’un professionnel qui n’a jamais véritablement accepté de rester dans une seule case.
Le même homme, plusieurs terrains
Du terrain de football aux salles de rédaction, puis des salles de rédaction aux amphithéâtres universitaires, Eugène Yao n’a finalement pas changé de méthode.
Il observe.
Il questionne.
Il cherche à comprendre.
Puis il transmet.
C’est peut-être ce qui fait le lien entre ses différentes vies professionnelles. Le journaliste regarde l’événement et le raconte. Le chercheur prend du recul, analyse les mécanismes et tente d’en tirer des enseignements.
Le premier travaille dans l’urgence de l’actualité. Le second accepte le temps long de la recherche.
Chez Eugène Yao, ces deux univers se rencontrent.
Son doctorat en Communication pour le développement vient ainsi consacrer des années d’efforts, mais aussi une certaine manière d’être : celle d’un professionnel qui considère que l’on peut toujours apprendre, approfondir et regarder autrement ce que l’on croyait déjà connaître.
À travers son parcours, le journaliste devenu docteur montre surtout qu’une carrière ne suit pas toujours une ligne droite. Elle peut partir d’une passion pour le sport, passer par les salles de rédaction et conduire jusqu’à la recherche scientifique.
Et lorsqu’il referme aujourd’hui la parenthèse de sa soutenance, une certitude demeure : Eugène Yao n’a probablement pas fini de chercher.
Car après avoir raconté le monde pendant des années, il a choisi, à son tour, de mieux le comprendre.
RK avec Fratmat




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