L’orpaillage clandestin entre pollution au mercure et risques pour l’eau potable, l’urgence est collective

L’orpaillage clandestin menace les ressources en eau en Côte d’Ivoire. Pollution au mercure, dégradation des rivières et risques pour l’eau potable imposent une mobilisation collective.
« L’or passe. L’eau reste. » Cette phrase pourrait sembler être un simple slogan de sensibilisation. Pourtant, derrière ces quelques mots se trouve une réalité qui concerne chacun de nous : l’eau que nous buvons, celle avec laquelle nous cuisinons, nous nous lavons et faisons vivre nos familles.
En Côte d’Ivoire, l’orpaillage clandestin ne détruit pas seulement des forêts. Il s’attaque aussi, silencieusement, à nos rivières et à nos sources d’eau. Et lorsque ces cours d’eau sont pollués, ce sont des familles entières qui peuvent, tôt ou tard, en subir les conséquences.
Une rivière n’est pas seulement une rivière
Pour celui qui habite au bord d’un cours d’eau, la rivière n’est pas une simple ligne bleue sur une carte. C’est parfois l’eau que l’on utilise chaque jour. C’est le lieu où les enfants ont grandi, où les femmes viennent chercher de l’eau, où les pêcheurs travaillent et où les agriculteurs trouvent une partie des ressources nécessaires à leur activité.
La voir changer de couleur, se dégrader ou devenir impropre à certains usages, c’est donc perdre un peu de son quotidien.
L’utilisation de produits toxiques, notamment le mercure, dans certaines activités d’orpaillage clandestin aggrave cette situation. La pollution peut atteindre les cours d’eau et finir par toucher des populations qui, parfois, n’ont aucun lien avec l’exploitation minière.
Le problème peut arriver jusqu’à notre robinet
C’est ce qui rend la situation particulièrement préoccupante.
Lorsque l’eau brute devient trop dégradée, les usines chargées de produire l’eau potable peuvent rencontrer des difficultés de traitement. Dans les cas les plus sérieux, des installations peuvent être arrêtées, avec des conséquences possibles sur la distribution.
Derrière une coupure d’eau, il n’y a donc pas seulement un robinet qui cesse de couler. Il y a une mère qui doit revoir son programme de la journée, un commerçant qui doit s’organiser autrement, une école qui peut être perturbée, une famille qui cherche de l’eau ailleurs.
La pollution d’une rivière peut ainsi devenir un problème très concret dans nos maisons.
L’or nourrit un rêve, l’eau fait vivre
Il faut aussi regarder cette réalité avec humanité.
Derrière l’orpaillage clandestin, il y a des hommes et des femmes qui cherchent à gagner leur vie. Il y a des jeunes qui espèrent trouver une activité rémunératrice. La réponse ne peut donc pas être uniquement punitive.
Il faut combattre l’exploitation illégale, protéger les ressources naturelles et faire respecter la loi. Mais il faut aussi offrir aux populations concernées des alternatives économiques crédibles.
Car protéger l’environnement ne signifie pas abandonner ceux qui cherchent simplement à vivre.
Nous avons tous une part de responsabilité
La protection de l’eau ne peut pas être l’affaire du seul gouvernement, de l’ONEP, de la SODECI ou des forces de sécurité.
Elle concerne également les communautés, les chefs traditionnels, les élus, les opérateurs économiques, les jeunes et chaque citoyen.
Nous devons accepter une idée simple : une richesse qui détruit une ressource vitale finit par coûter plus cher qu’elle ne rapporte.
Que restera-t-il lorsque l’or aura été extrait ? Des terres dégradées ? Des rivières polluées ? Des communautés fragilisées ?
Ou aurons-nous réussi à préserver quelque chose de plus précieux encore : la possibilité pour nos enfants de boire une eau saine et de vivre dans un environnement préservé ?
Choisir ce que nous voulons laisser à nos enfants
L’or peut enrichir une personne, une entreprise ou une communauté. Mais l’eau fait vivre tout le monde.
C’est pourquoi la lutte contre l’orpaillage clandestin doit aussi être considérée comme une bataille pour notre avenir collectif.
Nous pouvons rechercher la richesse sans détruire la vie. Nous pouvons exploiter nos ressources tout en protégeant nos rivières. Nous pouvons créer des emplois sans sacrifier notre environnement.
Au fond, le choix est peut-être aussi simple que le slogan qui nous interpelle aujourd’hui :
L’or passe. L’eau reste.
Et lorsque l’or aura disparu, c’est encore l’eau dont nos enfants auront besoin.
Roger Kassé



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